AURIAC
Artiste Peintre Portraitiste
AURIAC
Artiste peintre, portraitiste
J’aime les poètes dits « maudits », Villon, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud... De nos jours, ils ne le sont plus vraiment.
À « Poètes maudits », je préfère l’expression de Jack Kerouac « Clochards célestes ».
j’aime les gens qui mettent leur peau au bout de leurs idées . Les jusqu’au-boutistes!
Bercé par la musique et les textes de Gainsbourg, Ferré.. Mais aussi Satie, Queen, Metallica, Rammstein..
Ils en parlent....
Riche de milles vies, Auriac est riche d’une œuvre à découvrir.
A regarder de près les portraits qu’il peint où, comme chez Goya ou Veličković, la matière de l’œuvre n'est pas le noir, mais le blanc, il n’est que trop évident qu’Auriac a arrêté son choix. Rimbaud, Verlaine, mais encore Baudelaire, Gainsbourg ou Céline : ce géomètre lyrique aime les vagabonds absolus. Il aime les excès des âmes fortes. Il aime les mauvais anges qui joignent à un orgueil sublime une révolte contre l’infamie. Il aime ceux dont parle André Malraux : « ces génies peu esthètes qui n’ont mis aucune valeur suprême au-dessus de la poésie non des vers, mais de cette création où insaisissable que poursuit l’homme se saisit à tâtons. »
Et soudain, prodige né de son propre art, ce n’est plus nous qui les regardons : c’est eux qui nous regardent, nous scrutent et nous interrogent. Ils ouvrent leurs yeux sur notre temps du plus profond de leur enfer, de leur nuit qui n’en finira pas de sitôt. « Qui es-tu », demandent-t-ils ? Ou comme le chante le poète : « Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, de ta jeunesse ? » Auriac démontre qu’une œuvre forte n’est pas faite pour être regardée, mais tout au contraire pour qu’elle nous regarde, qu’elle nous prête sa vision.
Stéphane Barsacq
Écrivain et éditeur, notamment d’un essai d’esthétique (Goudji) et de nombreuses études sur le phénomène poétique comme « Cioran, éjaculations mystiques » (Le seuil) ou
« Rimbaud ,celui qui créera Dieu » (Le seuil).
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Expo : « Auriac, le visage des autres »
Auriac a la soixantaine tonique. C’est un serial portraitiste qui noircit les blancs et déshabille les âmes à l’encre de chine. Son papier Canson, ce sont des couvertures de L’Illustration, « Journal universel », sur lesquelles il dessine Rimbaud, Baudelaire, Cendrars, Blondin, Sylvain Tesson, Nicolas de Staël, Freddie Mercury, Jim Morrison, des nus de femme, des vieux loups de mer. Rien que des visages au charbon de bois – qui ressemblent à des paysages à la croisée du jour et de la nuit.
- François Bousquet
- 26 janvier 2021
ÉLÉMENTS : À ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter ?
AURIAC. J’ai 61 ans. Une vie de peintre et d’aventurier. Mon père était créateur de modèles en bijouterie, joaillerie, orfèvrerie, ma mère était émailleuse. Comme Obélix, je suis donc tombé dedans tout petit, sauf que c’était une palette, pas une marmite. À 12 ans, je voulais être artiste peintre, les peintures de Picasso me fascinaient. De 14 ans à 20 ans, j’ai été élève de Marie-Germaine Bagur. Durant ces sept années d’apprentissage, j’ai étudié le dessin académique, le pastel, l’aquarelle, la peinture à l’huile…
Peintre surréaliste dans les années 80, je flirte avec l’art abstrait dans les années 90. En 1998, je jette mes pinceaux et ne reviens à la peinture par le biais de l’hyperréalisme qu’en 2017. Très vite, j’ai abandonné l’hyperréalisme pour un style plus personnel.
ÉLÉMENTS : On ne va pas rejouer la querelle des Anciens et des Modernes, de l’abstraction et de la figuration, mais il y a eu chez vous une tentation abstraite, qui semble aujourd’hui loin de vous. Pourquoi le visage ? Parce qu’un peintre sans visage, c’est un peu comme un homme sans tête ? Il est orphelin…
AURIAC. La question est intéressante et nous pourrions en débattre des heures durant. Pour faire simple, l’art figuratif, c’est la représentation du réel ; l’art abstrait, c’est l’émotion, la sensation. Je pense que la peinture est rarement totalement abstraite ou totalement figurative. Le peintre figuratif peut transcender la réalité et faire passer ses émotions à travers un visage, un paysage, ne pas simplement copier la nature. Le peintre abstrait peut ignorer une partie du réel sans pour autant l’occulter totalement. Quand je fais le portrait d’un poète, d’un écrivain, d’une rock star, je fais passer mes émotions, l’état d’esprit dans lequel je suis au moment où je peins un portrait.
ÉLÉMENTS : Quelles sont vos influences, quels maîtres vous ont choisi ou vous êtes-vous choisis ?
AURIAC. Si à 12 ans, les œuvres de Picasso me fascinaient, c’est toujours le cas aujourd’hui. À 16 ans, je suis tombé en arrêt devant une peinture de Vladimir Veličković. Je l’ai rencontré quelques années plus tard. Si ma peinture est à dominante noire et blanche, il n’y est pas étranger. À 19 ans, j’ai eu la chance d’être remarqué par Jean Carzou, peintre, lithographe, graveur, décorateur et académicien des Beaux-Arts. Jean Carzou m’a suivi et parrainé à chaque fois qu’il a pu. J’ai beaucoup d’admiration et un profond respect pour l’homme et pour le peintre. J’admire des peintres comme Modigliani, Picasso, Nicolas de Staël, Hans Hartung… Je ne vais pas tous les citer.
ÉLÉMENTS : Pourquoi cette prédilection pour les poètes maudits, les aventuriers, les anars de droite, les hommes hors cadre – pour un peintre quand même ? C’est là qu’est votre vraie famille ? Et les sujets qui vous inspirent ?
AURIAC. Je suis un littéraire. Mes lectures d’enfance ont conditionné ma vie, Henry de Monfreid, Jack London, Pierre Mac Orlan, Jean Lartéguy… C’est pour cela que j’ai un temps posé mes pinceaux pour une vie d’aventurier. J’aime les poètes dits « maudits », Villon, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud… De nos jours, ils ne le sont plus vraiment. À « Poètes maudits », je préfère l’expression de Jack Kerouac « Clochards célestes ». Sans vouloir plagier le titre d’un livre de Pierre Sergent, j’aime les gens qui mettent « leur peau au bout de leurs idées ». Les jusqu’au-boutistes.
ÉLÉMENTS : Comment travaillez-vous ?
AURIAC. Je peins la nuit dans mon atelier. Mon but n’est pas de copier une photo, mais de transmettre un état d’âme, des sensations d’une manière réaliste. Je veux que le spectateur ressente cette émotion. Je m’imprègne de la vie et de l’œuvre d’un poète, d’un musicien… avant de le peindre et tout au long de l’exécution. Ce qui fait écrire à Jean-Louis Tremblais que je « les montre “autres” ».
ÉLÉMENTS : Tous vos dessins sont des créations uniques. Pourquoi refusez-vous de faire des tirages limités ? Vous préférez recommencer au pinceau un visage plutôt que le sérigraphier ? Pourquoi ? Parce qu’il doit rester une pièce unique ?
AURIAC. Oui, ce sont des créations uniques. Si je projette de peindre Freddie Mercury, je vais écouter Queen pendant la réalisation du portrait. En fonction des titres et de mon état d’esprit, le portrait ne sera jamais identique. Sérigraphier ou utiliser un pochoir fige une œuvre, cela lui retire toute vie. Pour moi, une œuvre doit rester une pièce unique et à un prix très abordable. Quand j’estime qu’une peinture est terminée, c’est-à-dire lorsqu’elle prend vie, elle ne m’appartient plus et je suis prêt à m’en défaire. J’aime l’idée que des gens soient touchés par ce que je fais et que mes peintures aillent vivre chez quelqu’un d’autre, dans un autre environnement.
ÉLÉMENTS : Et vos prochains dessins ? Vos prochaines destinations artistiques ?
AURIAC. Je ne sais jamais ce que je vais faire à l’avance, c’est ce qui est intéressant dans ce métier. Quant à mes prochaines expositions, difficile de se projeter dans cette période de pandémie.